Artwork ASL
Le bob, La bétonneuse, et le bourbon (Les trois B)

La première fois que je recontrais simultanèment André S. Labarthe et Patrick Messina, c’était rue Ramey, dans l’appartement d’André. Patrick et moi sommes arrivés dans sa cuisine, où un homme était déjà assis. Bachelet, dit André, laconiquement, l’homme nous serra la main. Alors montre-moi ces photos dit ASL à Patrick. Les photos en mains, il les posa sur la table et servit un petit whisky à tout le monde. Monsieur Bachelet était à côté d’André et nous leur faisions face avec Patrick. Monsieur Bachelet avait un Bob sur la tête, c’est un élément important, ce bob, car il aura après tout son sens quant à l’idée que j’avais des Bob, enfant. J’avais les mains un peu poisseuses, aussi pour ne pas salir les tirages de Patrick, je demandais le chemin de la salle de bain. Au fond, du couloir à gauche, fais attention elle est un peu encombrée, nous sommes encore en travaux, je m’imaginais tout sauf ça. La porte franchie, j’eus l’impression d’être dans un film fantastique, je tombais sur une bétonneuse. Une bétonneuse dans une salle de bain! Un peu comme une grosse machine à remonter le le temps, elle trônait au milieu du parquet éventré. Je suis revenu dans la cuisine silencieuse. Monsieur Bachelet regardait les photos et donnait son avis. Patrick et moi, étions étonnés, car nous ne savions pas qui était cet énigmatique monsieur Bachelet. André ou moi-même, n’aurions pas donné un avis catégorique sur les photos. C’est toujours délicat, surtout en présence du photographe. Monsieur Bachelet a repris un petit whisky. Monsieur Bachelet était critique. Monsieur Bachelet était tout en Bob.

Léger.
Monsieur Bachelet était.
Nos contours finissaient par s’estomper. Nous n’étions plus. Il y avait monsieur Bachelet et les autres. Il y avait la bétonneuse et le Bob. Une promiscuité irréelle.
Bon faut que j’y aille a dit Bachelet.
Vous passez demain lui demanda André.
Ça va dépendre de la circulation répondit Bachelet.
Il nous a serré la main et est parti. Nous étions restés silencieux un moment avec Patrick pendant qu’André regardait les photos. Je trouvais gonflé ce Bachelet et son esprit critique et j’enviais tant de légereté en même temps.
Il avait instauré un système de terreur intellectuelle et de silence. Un Jacobin en Bob.
Que fait monsieur Bachelet dans la vie ? Je ne sais plus qui, de Patrick ou de moi. a osé prononcer ces mots
Ah monsieur Bachelet, c’est l’ouvrier a dit André, en réfléchissant à autre chose, dans un endroit où seul lui était. Un monde peuplé de bétonneuses, sûrement.
Les choses que j’ai compris lors de cette rencontre fûrent confirmées par la suite.
Pour Labarthe la vie doit produire du sens. Pour ce faire, il faut qu’il y ait des gens étranges qui gravitent autour de lui. Il faut qu’il y ait un phénomène incongru, un élément déplacé dans le réel, pour que la pensée d’André S. Labarthe trouve sa pleine mesure. Monsieur Bachelet était cet élément.
Comme disait Lautréamont: Beau comme la recontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie.
Je pense que cette incongruitée lui apporte une forme d’équilibre. Il est une des rares personnes que je connaisse dont on peut voir la pensée au travail.
Pour Patrick, il y a une forme de respect du genre humain, matinée d’humilité qui le rend silencieux de prime abord face à son sujet. Ce silence est souvent déclencheur. Il se glisse dans le réel et provoque le sujet photographié. Il le bouge, le fait trembler et arrive toujours à en tirer une image juste, un moment de détachement.
André S. Labarthe et Patrick Messina ont ce point commun qu’ils sont au-delà du commentaire concernant leurs travaux car ils sont toujours sur un chantier en devenir.
PS: Quand monsieur Bachelet n’arrive pas à se garer, il rentre chez lui, laissant l’appartement de la rue Ramey en chantier permanent. Ce chantier permanent est un peu la métaphore du cerveau d’André.
PS’: Quand j’étais enfant, il n’y avait que les gens qui supportaient les coureurs du Tour de France, les joueurs de pétanque ou les ouvriers sur les chantiers qui portaient des Bob.

Christophe Derouet

La première fois que je recontrais simultanèment André S. Labarthe et Patrick Messina, c’était rue Ramey, dans l’appartement d’André. Patrick et moi sommes arrivés dans sa cuisine, où un homme était déjà assis. Bachelet, dit André, laconiquement, l’homme nous serra la main. Alors montre-moi ces photos dit ASL à Patrick. Les photos en mains, il les posa sur la table et servit un petit whisky à tout le monde. Monsieur Bachelet était à côté d’André et nous leur faisions face avec Patrick. Monsieur Bachelet avait un Bob sur la tête, c’est un élément important, ce bob, car il aura après tout son sens quant à l’idée que j’avais des Bob, enfant. J’avais les mains un peu poisseuses, aussi pour ne pas salir les tirages de Patrick, je demandais le chemin de la salle de bain. Au fond, du couloir à gauche, fais attention elle est un peu encombrée, nous sommes encore en travaux, je m’imaginais tout sauf ça. La porte franchie, j’eus l’impression d’être dans un film fantastique, je tombais sur une bétonneuse. Une bétonneuse dans une salle de bain! Un peu comme une grosse machine à remonter le le temps, elle trônait au milieu du parquet éventré. Je suis revenu dans la cuisine silencieuse. Monsieur Bachelet regardait les photos et donnait son avis. Patrick et moi, étions étonnés, car nous ne savions pas qui était cet énigmatique monsieur Bachelet. André ou moi-même, n’aurions pas donné un avis catégorique sur les photos. C’est toujours délicat, surtout en présence du photographe. Monsieur Bachelet a repris un petit whisky. Monsieur Bachelet était critique. Monsieur Bachelet était tout en Bob.

Léger.
Monsieur Bachelet était.
Nos contours finissaient par s’estomper. Nous n’étions plus. Il y avait monsieur Bachelet et les autres. Il y avait la bétonneuse et le Bob. Une promiscuité irréelle.
Bon faut que j’y aille a dit Bachelet.
Vous passez demain lui demanda André.
Ça va dépendre de la circulation répondit Bachelet.
Il nous a serré la main et est parti. Nous étions restés silencieux un moment avec Patrick pendant qu’André regardait les photos. Je trouvais gonflé ce Bachelet et son esprit critique et j’enviais tant de légereté en même temps.
Il avait instauré un système de terreur intellectuelle et de silence. Un Jacobin en Bob.
Que fait monsieur Bachelet dans la vie ? Je ne sais plus qui, de Patrick ou de moi. a osé prononcer ces mots
Ah monsieur Bachelet, c’est l’ouvrier a dit André, en réfléchissant à autre chose, dans un endroit où seul lui était. Un monde peuplé de bétonneuses, sûrement.
Les choses que j’ai compris lors de cette rencontre fûrent confirmées par la suite.
Pour Labarthe la vie doit produire du sens. Pour ce faire, il faut qu’il y ait des gens étranges qui gravitent autour de lui. Il faut qu’il y ait un phénomène incongru, un élément déplacé dans le réel, pour que la pensée d’André S. Labarthe trouve sa pleine mesure. Monsieur Bachelet était cet élément.
Comme disait Lautréamont: Beau comme la recontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie.
Je pense que cette incongruitée lui apporte une forme d’équilibre. Il est une des rares personnes que je connaisse dont on peut voir la pensée au travail.
Pour Patrick, il y a une forme de respect du genre humain, matinée d’humilité qui le rend silencieux de prime abord face à son sujet. Ce silence est souvent déclencheur. Il se glisse dans le réel et provoque le sujet photographié. Il le bouge, le fait trembler et arrive toujours à en tirer une image juste, un moment de détachement.
André S. Labarthe et Patrick Messina ont ce point commun qu’ils sont au-delà du commentaire concernant leurs travaux car ils sont toujours sur un chantier en devenir.
PS: Quand monsieur Bachelet n’arrive pas à se garer, il rentre chez lui, laissant l’appartement de la rue Ramey en chantier permanent. Ce chantier permanent est un peu la métaphore du cerveau d’André.
PS’: Quand j’étais enfant, il n’y avait que les gens qui supportaient les coureurs du Tour de France, les joueurs de pétanque ou les ouvriers sur les chantiers qui portaient des Bob.

Christophe Derouet